Biographie
Agbessi

 

Cotonou n'était qu'un village de pêcheurs lorsque les français décidèrent d'en faire un grand port. Ils construisirent au bord de la lagune une ville dont les allées goudronnées et rectilignes entouraient des blocs de maisons basses, chacune donnant sur une cour intérieure. On les appelle encore des carrés et c'est précisément au carré 86 dans la rue Pédro Marcos, que Clément vit le jour.

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Hormis les deux années qu'il passa dans sa petite enfance à Niamey au Niger où son père avait immigré, tous ses souvenirs le ramènent à Cotonou. Ses racines sont là-bas dans cette maison familiale, elles sont enfouies dans le sable de la cour où les grand-tantes enterraient le placenta des nouveaux-nés de la maison. C'est là aussi, dans le sable de la cour en regardant les tantes, les cousines préparer les repas, en triant les haricots, plumer les poules avec les autres enfants, en travaillant à l'atelier de couture qu'il a développé son goût précoce pour les travaux manuels. L'homme apparaissait rarement et ce sont l'image et le modèle de ces femmes, ces tantes transmettrices de la culture et des traditions qui ont façonné sa vision du monde.

C'est là, devant la maison qu'ils se retrouvaient le soir. On installait alors des nattes à même le sol et quand on ne révisait pas les maths ou la géo, puisque l'on se prêtait les bouquins de classe, on refaisait le monde en regardant les filles en pagne qui passaient, mais il y avait toujours une guitare ou un tam-tam, parce que sans la musique on n'était rien.

Simplice, Marouf, Bienvenu, Welborn, Charles et les autres, ils ont parcouru son existence et sans les nommer, ce récit ne se peut écrire. Des gars du quartier, bien plus que des copains de classe, des frères en somme et tout a commencé avec ceux-là. Ils ont tout partagé, la misère du quotidien, leurs espoirs d'adolescents et leur rêve de réussite.

Et puis, les après-midi de vacances où après le lycée on jouait au foot, chaque quartier avait son équipe et c'est les pieds nus, dans le sable des vons qu'ils ont remporté les meilleurs buts avant de prendre la fuite devant les mauvais perdants.
Lorsqu'ils se croisent aujourd'hui quelque part à travers le monde, ces souvenirs reviennent illuminer leur rencontre et grâce à ce qu'ils ont soudé entre eux d'indestructible, ils savent pouvoir compter les uns sur les autres envers et contre tout.
Peu à peu la musique a pris l'avantage et l'on répétait chez les uns ou les autres. Au début des années 70 « Le Trio Hébiesso » voit le jour. Hébiesso (Nom du Dieu Tonnerre dans le Panthéon Vodoun) va reprendre, en plus de leurs compositions Afro Pop, les grands tubes de Jimmy Hendrix, Marley, Clif et Ossibissa avec une interprétation des plus originales. Welborn, chanteur et guitariste, Bienvenu à la batterie et Clément à la guitare basse, vont devenir en quelques mois le groupe le plus prisé de Cotonou et de Lomé.
Pendant quatre années ils vont travailler pour l'administration au Togo et vivre en la proximité d'un monde militant voyageant ainsi dans toute l'Afrique occidentale. Auraient-ils pu rêver mieux ? Pour certains non et cependant, l'aventure n'était pas terminée !

Invités au MIDEM 74 à Cannes, ils rencontrent Stevie Wonder, Manu Dibango entre autres et passent une semaine de rêve dans un palace où pour la première fois ils découvrent le froid de l'hiver sur la Croisette.

Est-ce ce voyage en Europe, cette entrevue avec les délices de la vie d'artiste qui va bouleverser leurs plans ? Dès lors, un seul objectif les guidera, s'envoler vers la réussite, mais ainsi que l'on connaît ce que l'on a ils sont partis malgré tout en quête de meilleur, vers des horizons plus propices.
Leur voyage les conduira d'Orléans jusqu'au sud de la France, mais la réussite espérée n'est pas au rendez-vous. Aussi, deux années plus tard le groupe s'éclate définitivement et chacun a pris sa route, s'éparpillant dans l'océan du monde, laissant là ses illusions de gloire que les projecteurs de cette terre lointaine n'ont pas su reconnaître.
On les appelait « Le Trio Hébiesso », ils n'étaient qu'un par la musique. Mais ainsi que dans toutes les histoires, les parcours se heurtent parfois à un destin tragique, Bienvenu s'en est allé, trop tôt pour qu'un jour la vie les réunisse à nouveau sur leur terre d'Afrique.

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Clément est resté dans la région, naturellement comme un détour inévitable il s'est inscrit
à l'Ecole des Beaux-Arts d'Aix-en-Provence. Cette voie était tracée pour lui depuis toujours, aussi loin qu'il s'en souvienne, bien avant que ses maîtres d'école ne lui demandent de dessiner les cartes géographiques sur les tableaux, du temps où il traçait sur le sable des portraits éphémères que le vent emportait.
Les ateliers de sculpture, de poterie lui ont offert l'opportunité de s'approprier le matériau façonnable pendant deux années, mais le temps des rêves révolus il se spécialise dans l'environnement à l'Ecole Supérieure d'Art et d'Architecture de Luminy Marseille où il obtient son diplôme.

Avec ses copains de promotion, il fonde une agence de communication acquérant ainsi une solide expérience de designer graphique. Sa famille, son travail, deviennent pendant quelques années ses priorités jusqu'au jour où le déclic se produit, l'éclosion d'une envie, d'un besoin qui le minait à son insu. Emergeant de son enfance bercée par les tam-tam, des rythmes qu'il ramène de très très loin là-bas à ses sources, il revient sur la scène en 1997 avec Sylvie Multon, professeur de danse à claquettes. Elle dansera au rythme de son djembé et ensemble ils montent spectacles et ballets au sein de l'association «Takita» où il devient le professeur de percussions africaines.

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Devant l'intérêt croissant que va susciter l'apprentissage du djembé, il organise des stages basés sur la transmission orale, le gestuel et l'écoute, son enseignement recrée naturellement une ambiance typiquement africaine et il insuffle à ses élèves son amour pour la musique traditionnelle. Son talent ne se limite pas là, il devient peu à peu artisan de la musique en fabriquant lui-même ses instruments. Par leur contact, il retrouve les sensations, les odeurs de l'Afrique lui faisant oublier son exil. En 2002, désireux de leur faire partager son héritage culturel il conduit un groupe de ses élèves au Bénin, ils iront à la rencontre de musiciens autochtones et des traditions pures à travers les villages.

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Parallèlement, Co-fondateur de «BLACK STOCK», il travaille à la réalisation de ce magazine entièrement consacré à la cause du peuple noir immigré dans le sud méditerranéen. La qualité du graphisme allié à des articles ciblés rendent à ce mensuel l'attrait d'un ouvrage de grande qualité.

Il est essentiel de parler ici d' «ACQUA VIVA»
une aventure qui lui tient à coeur et qu'il partage avec l'un de ses fils, percussionniste. Un groupe qui assemble avec brio les cordes, les cuivres, le synthétiseur et les percussions traditionnelles africaines. A la recherche de sons nouveaux, pour une écoute différente, ce sextuor hors norme puise son répertoire dans la musique classique. C'est de ce parcours hors du commun, qu'il sera surnommé l'homme aux multiples talents.

Aujourd'hui, il mène de front ses deux passions, celles qui l'ont accompagnées sa vie durant, mais en fin de compte la musique et la peinture se confondent, s'articulent entre elles et c'est ainsi que l'on perçoit des ondulations musicales sur ses toiles et le son envoûtant des tam-tams nous éclabousse de couleurs.

Son oeuvre est empreinte de spirituel, tout comme la femme est l'essence même de sa vie ; on la retrouve au fil de ses toiles, on la sent, on la palpe sur ses portraits, mais aussi sur les marchés aux calebasses. Clément nous raconte son opulence, sa générosité, sa sagesse, ses secrets et son mystère.
Nana Agbessi Tossoukpé, sa grand-mère, l'instigatrice de son oeuvre et à qui il l'a dédie, celle auprès de qui il trouvait force et droiture ; Elle était Vodounsi (épouse du Vaudoun) et prêtresse du temple, il a grandi dans ce contexte de vie où les choses du sacré se mêlent intimement au quotidien.

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Il nous raconte des histoires d'Afrique avec tout ce qu'elle possède de lumineux et d'enchanteur, nous ouvre la porte d'un monde de paix fait d'ocre et de saveurs pimentées. Par son éclatant réalisme, chaque toile recèle une intime communication avec la nature, un respect des formes et de la matière.
Il tend ses toiles à la manière du fabricant de djembés avec ses peaux de chèvres sur le cercle de ses instruments. Il travaille les couleurs comme il mélange la terre pour la sculpter, il les applique de la même façon créant des formes, des reliefs qui donnent des sensations tactiles où les regarder nous conduisent chez lui.

Leur envergure n'est pas étrangère à cet appétit trop longtemps refoulé et c'est sans retenu qu'il libère les formes, fait éclater les couleurs et l'on sent en passant dans son atelier du vieux Bouc l'ardeur du soleil et cette odeur de sable chaud qui rendent ses toiles incomparables.

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